SÉMINAIRES/ SEMINARS/ الندوات


SÉMINAIRES ITINÉRANTS




"Réflexion critique sur la notion de genre selon les espaces-temps, les lieux géographiques et les contextes sociaux, économiques, politiques et juridiques"


Un séminaire itinérant par an, à thème unique et se déplaçant dans plusieurs pays. Il se propose de croiser les points de vue concernant l’usage du concept de genre afin de dégager un corps de réflexion commun. A chaque séminaire seront associés des rencontres avec le tissu local des associations afin d'ancrer une démarche recherche-action et d'enrichir la recherche par la remontée des pratiques vécues et les projets de terrain par le travail théorique et scientifique.


Sept séminaires ont eu lieu:


1- "Les usages du genre au Maroc: dialogue transnational pluridisciplinaire", le vendredi 15 novembre 2013 à Casablanca
2- " Genre et Politique" les 10 et 11 avril 2014 à Tunis
3- " L'Economie au regard du Genre" du 9 au 11 octobre 2014 à Alger
4-  "Genre et récit" à Barcelone les 5 et 6 février 2015 
5- "Freins et obstacles à l’autonomisation économique des femmes" 27 mai et 28 mai 2015 au Maroc
6-  "violences contre les femmes, violence fondée sur le genre"  les 8 et 9 Octobre 2015 en Tunisie
7- "Fabrique des corps et production des inégalités fondées sur le genre"  les 12 et 13 janvier 2017 à Tanger

Le 8ème séminaire
 "MASCULINITES :
Analyser, questionner, représenter les masculinités dans l’espace euro-méditerranéen"

aura lieu le 29 juin 2017 à Aix-en Provence
dans les locaux de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme.




PRÉSENTATION

Si les études féministes et les études de genre ont permis de dénaturaliser le féminin, depuis le milieu des années 1980 les travaux pionniers de sociologues anglo-saxons enrichis des apports successifs des autres disciplines des SHS émanant d’horizons géographiques divers s’intéressent aux conditions socio-historiques de production des masculinités au sein des rapports de genre. En effet, mettre la focale sur les masculinités n’est pas réductible à une étude sur les hommes ou le masculin qui ne serait pas plus pertinente que de définir les femmes ou le féminin comme objet de recherches en soi. Il paraît donc pertinent que le huitième séminaire itinérant du RUSEMEG se consacre à analyser et questionner les modalités de fabrication des masculinités et l’évolution des représentations artistiques et littéraires de celles-ci en prenant pour champ l’ensemble de l’espace euro-méditerranéen dans toute la diversité de ses temporalités socio-politiques et en inscrivant ses recherches sur le temps long.
Questionner les masculinités signifie distinguer plusieurs formes de masculinités dont, par exemple, la masculinité hégémonique définie par Connell comme « une configuration des pratiques de genre visant à assurer la perpétuation du patriarcat et la domination des hommes sur les femmes[1] », ou la masculinité subordonnée pour des raisons de classe, de « race » ou de sexualité, les masculinités féminines (Halberstam), ainsi que les masculinités performées par des femmes. 

Analyser les normes masculines permet également de repenser des inégalités telles que les modalités d’exclusion des femmes du politique ou du salariat, d’interroger une domination masculine univoque qui masque les contraintes virilistes ainsi que les liens entre cette domination et les sexualités non normatives. Dans cette perspective, il convient également de déconstruire les discours masculinistes sur la crise « de l’homme » qui tendent à masquer la dissymétrie des privilèges et la valence différentielle des sexes toujours à l’œuvre, même si en recomposition permanente, dans les sociétés euro-méditerranéennes. Penser les masculinités permet de poursuivre l’analyse des môles de résistance qui permettent le maintien de la structuration inégalitaire des rapports entre hommes et femmes.
L’analyse de la littérature, le cinéma et les arts visuels de tous les temps est spécialement apte à mettre en lumière des représentations des masculinités hégémoniques ou contre-normatives, ainsi qu’à historiciser et « situer » les masculinités dans une pluralité de contextes socio-culturels. En outre, la création littéraire et artistique non seulement représente les déclinaisons des masculinités existantes mais propose aussi des variations, de nouveaux modèles ou anti-modèles, qui agissent à leur tour sur les imaginaires sociaux et individuels concernant la construction des masculinités ‒ comme des féminités[2]

Les masculinités sont multiples et vécues tant localement que globalement. La fabrique de la masculinité hégémonique promue comme modèle d'inspiration a été au fondement de la construction de l’État-nation. Dans l’idéologie nationaliste l’hétéronormalisation de l’amour et de la sexualité était associée à l’effacement d’autres modes de masculinité : celle de jeune adolescent et d’homme adulte, objets de désir pour les hommes.. Cet effacement s’est opéré au profit d’une masculinité hétérosexuelle, virile, caractérisée par la vigueur sexuelle et la force reproductrice. Ces masculinités traditionnelles sont construites en tant que pourvoyeurs des besoins de la famille, assumant « la protection » des femmes et le contrôle des revenus et ressources. 

En relations internationales, les réalistes ont associé le concept de la masculinité avec la souveraineté et la sécurité. Les guerres et les conflits participent à la construction sociale de l’attachement des hommes aux armes et renforcent la masculinité militarisée avec les armes comme sources d’identités liées avec le pouvoir, la subordination, la violence.
Avec la globalisation de l’économie néo/libérale, le pouvoir stratégique est placée dans les mains d’un groupe particulier d’hommes dont la masculinité des affaires est marquée non par la virilité traditionnelle qu’ils méprisent mais par l’égocentrisme et le déclin du sens de responsabilité collective. Comme l’a précisé R. Connell, « dans la globalisation les masculinités hégémoniques […] accentuent le pouvoir irrégulier des firmes transnationales »[3]

Des développements de l’analyse, le questionnement et la représentation des masculinités sont, parmi d’autres, les suivants : 

‒ Quelles sont les masculinités dominantes dans tel contexte ou telle époque étudiés ?
‒ Quels sont les développements du rapport entre masculinité(s) et sexualité(s) dans tel ou tel contexte/objet d’étude ?
‒ Quelles formes politiques de domination exercent-elles les masculinités hégémoniques ?
‒ Quelles sont les chemins subversifs de la masculinité hégémonique que prennent les masculinités subordonnées ?
‒ Quels rapports existent-ils entre les masculinités et la construction des États-nations ?
‒ Quelles sont les nouvelles images des masculinités que proposent la littérature, le cinéma et les arts ?
‒ Masculinités et violence
‒ Masculinités et globalisation
‒ Masculinités et politiques du care
‒ Masculinités féminines et féminités masculines



[1] R. Connell, Masculinities, Polity Press, 2005 (1995), p. 77. 
[2] Voir Josep M. Armengol et al. (eds.), Masculinities and Literary Studies: Intersections and New Directions, London, Routledge, 2017; et Marta Segarra et Àngels Carabí, Nuevas masculinidades, Barcelona, Icaria, 2000. 
[3] « Masculinities and Globalization », Men and Masculinities, nº 1, 1998, p. 15. 

RECUEIL BIBLIOGRAPHIQUE 
sur les
« Les masculinités dans l’espace euro-méditerranéen»







Jour 2 : vendredi 30 juin - Atelier doctoral


MATINEE

9h -12h30 : ATELIER DOCTORAL

Pause déjeuner

APRES MIDI

14h-15h30 : « Universitaires et militantes ? L’activisme associatif : un pont entre la Recherche et la Cité »

Karine ESPINEIRA (Observatoire des transidentités) - Marseille
Sylvette DENEFLE (Association Genre et cultures) - Marseille
Pinar SELEK
Geneviève DERMENJIAN( Forum Femmes Méditerranée) - Marseille


15h45- 19h : Réunion RUSEMEG (bureau)



L’importance des ateliers doctoraux organisés par le RUSEMEG dans le cadre des différents séminaires


Ces ateliers doctoraux réunissent des jeunes chercheurs/chercheuses de divers pays, différentes cultures et surtout de plusieurs disciplines, ce qui leur permet d’échanger et d’élargir leurs connaissances, de faire des comparaisons entre les différents systèmes dans le domaine de la recherche des pays de l’Euro-Méditerranée et de pouvoir discuter sur des sujets plus ou moins semblables ou qui se croisent.

Ces ateliers doctoraux sont encadrés par des professeur-e-s qui ont des spécialités diverses (juristes, sociologues, anthropologues, historiennes, etc.) venant de plusieurs pays (Tunisie, Maroc, Algérie, France, Grèce, Espagne, etc.), ce qui permet aux jeunes chercheur-e-s de bénéficier de remarques, d’informations et de précisions liées à leur sujet de thèse de manière à élargir leur champ de réflexion, d’avoir de nouvelles pistes de recherche et d’enrichir notamment leurs références bibliographiques. D’un côté, cette multidisciplinarité permet aux jeunes chercheurs/chercheuses d’aller au-delà de leur domaine de spécialité pour toucher à d’autres domaines qui peuvent avoir de l’intérêt pour leur sujet de thèse et qui alimentent alors leurs recherches. D’un autre côté, la diversité culturelle permet aux jeunes chercheur-e-s d’élargir leur réflexion en interrogeant leur approche, leur objet de recherche, par rapport à d’autres approches et à travers un regard comparatif entre leur pays et d’autres de l’Euro-Méditerranée.

Outre l’élargissement des pistes de recherche et des références bibliographiques, ces ateliers permettent aux jeunes chercheurs/chercheuses d’améliorer la méthodologie de présentation et de rédaction de leur thèse.

En effet, durant ces ateliers les doctorant-e-s présentent leurs travaux devant d’autres jeunes chercheurs/chercheuses et des encadrant-e-s/professeur-e-s qui ne sont ni leurs collègues, ni venant d’une même faculté ou d’un même laboratoire de recherche, ni leurs directeurs/directrices de thèse. Il s’agit alors d’un exercice qui permet aux doctorant-e-s de se préparer, tant au niveau psychologique qu’intellectuel, pour présenter leurs recherches de manière claire, brève et précise. C’est un moyen aussi pour se préparer à la soutenance de la thèse en tant que pratique qui permet aux doctorant-e-s de briser la peur et d’avoir le courage de se mettre devant un public inconnu pour expliquer le sujet de la thèse, la problématique, les hypothèses, la méthodologie adoptée, l’apport et les résultats. Ces ateliers permettent également aux chercheurs/chercheuses d’apprendre à maîtriser leurs sujets et à être capables de répondre aux différentes questions posées par les encadrant-e-s/professeur-e-s et les autres doctorant-e-s qui pourraient être posées lors de la soutenance de la thèse. Il s’agit alors d’un exercice de pré-soutenance constructif et enrichissant à tous les niveaux pour les doctorant-e-s.

Enfin, ces ateliers doctoraux ont aussi une grande importance au niveau scientifique et relationnel, puisqu’ils permettent de nouer des relations entre les doctorant-e-s mais aussi entre ces derniers/dernières et les encadrant-e-s. D’une part, ces ateliers permettent aux doctorant-e-s de se connaître et de rester en contact, de partager des informations, des formations sur le genre partout dans le monde, des sujets d’actualité, des ouvrages, des articles, etc. qui intéressent les un-e-s et les autres. D’autre part, ces ateliers permettent aux doctorant-e-s de garder des contacts avec les directeurs/directrices, de les solliciter en cas de besoin et de demander leur avis sur des questions liées à leur thèse.

Il s’agit en conclusion d’un exercice constructif, motivant, enrichissant et formateur pour les doctorant-e-s qui sortent de leur isolement pour partager leurs travaux de recherche et leurs connaissances avec d’autres jeunes chercheurs/chercheuses et qui leur permet d’avoir plusieurs avis et conseils des divers-e-s encadrant-e-s/professeur-e-s leur permettant d’améliorer leurs travaux et de bien mener leurs recherches.


LES SEMINAIRES AYANT DEJA EU LIEU


1er séminaire
" Les usages du genre au Maroc: dialogue transnational pluridisciplinaire"
le vendredi 15 novembre 2013 à Casablanca

Faculté des lettres et des sciences humaines, Casablanca aïn chock


Le RUSEMEG a initié ce projet de séminaires itinérants dans les principaux objectifs suivants :

Réunir des chercheur-e-s et des étudiant-e-s des deux rives de la Méditerranée ;
Réfléchir et travailler avec les acteurs/actrices de la société civile impliqué-e-s dans la promotion de l’égalité femmes-hommes ;
Constituer un réseau euro-méditerranéen de chercheur-e-s travaillant sur le genre et les femmes ;
Créer un réseau de jeunes chercheur-e-s sur le genre et les femmes ;
Mettre en place une école doctorale euro-méditerranéenne de recherche et d’études sur le genre et les femmes ;
Développer et pérenniser les recherches et les enseignements sur le genre et les femmes ;
Mener des projets de recherche communs sur le genre et les femmes ;
Mettre en place des partenariats ;
Produire et transmettre les connaissances validées et reconnues par les instances académiques ;
Diffuser ces connaissances et les rendre accessibles à tous et à toutes – institutions, entreprises, associations, individus – afin d’étayer les politiques publiques et les actions en faveur de l’égalité femmes-hommes.
Ce séminaire visait à réfléchir sur les concepts, les outils méthodologiques et les usages du genre tant dans la recherche et l’enseignement que dans la société civile au Maroc. Se voulant aussi un lieu de formation, ce séminaire a ciblé en particulier les étudiant-e-s, notamment ceux du Master/Doctorat Genre, Société et Culture de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Casablanca.

Les séances de travail avec le monde associatif visaient à donner aux chercheur-es, les enseignant-e-s, les éducateur/trices, les étudiant-es et ceux-celles qui élaborent les politiques publiques une meilleure connaissance du terrain et à éclairer les rapports femmes-hommes, dans une perspective démocratique.


Résultats : Les chercheur-e-s et étudiant-e-s des deux rives de la Méditerranée sont sortis de leur isolement (notamment la rive sud) et ont diffusé leurs travaux de recherche ; Le dialogue entre les chercheur-e-s et les acteurs-trices de la société civile a été favorisé.



ARTICLES PUBLIES SUR LA QUESTION DU GENRE


Sujet et pouvoir : Penser le genre avec Foucault [1]




[1] Cet article est également publié dans un ouvrage collectif, Sous les sciences sociales, le genre. Relectures critiques, de Max Weber à Michel Foucault, Editions La Découverte, septembre 2010.


Un autre regard sur l’histoire,
Le genre : de l’Antiquité à nos jours.

Qu’est ce que le genre ? Et où en sont les travaux en ce domaine ?



2ème séminaire itinérant

"Genre et Politique"Tunis 10-11 avril 2014

Hôtel le Belvédère


A la suite du premier séminaire itinérant tenu à Casablanca, sous le thème « Les usages du genre au Maroc : Dialogue transnational et pluridisciplinaire », le RUSEMEG organise son deuxième séminaire itinérant autour du thème « Genre et politique : savoir pluridisciplinaire et action sociétale ».

Multiples études ont montré comment la prise en compte de la donnée genre en politique révèle des apports décisifs à l’analyse du fait politique. Le concept genre s’est avéré promoteur pour expliquer les phénomènes politiques touchant les rapports sociaux de sexe ; et aussi pour dévoiler la dimension genrée des phénomènes politiques.

Autant pour la recherche que pour l’action, le croisement du concept du genre avec la politique pose un double questionnement : celui se rapportant aux usages du genre dans le champ politique avec ce que cela induit comme fonctionnement des catégories du féminin et du masculin, notamment les inégalités ; et celui se rapportant aux effets du genre sur le champ politique, et réciproquement les effets du politique sur le genre. Se voulant un lieu de formation et d’échange entre les étudiants et les jeunes chercheurs des deux rives de la méditerranée, ce séminaire cible en particulier les étudiants en master et les doctorants travaillant sur des questions proches de la thématique, dans les diverse disciplines des sciences humaines et sociales.

Partant de l’objectif du RUSEMEG, de créer une synergie entre la recherche et l’action, ce séminaire est aussi un espace ouvert pour les acteurs de la société civile œuvrant pour l’égalité des chances entre les hommes et les femmes en politique.


Ce séminaire itinérant visait à poursuivre les objectifs principaux du Rusemeg :

Transmettre et partager les connaissances sur la situation des femmes dans l’espace Méditerranéen
Encourager la rencontre d’universitaires et de chercheurs ;
Impliquer les jeunes chercheur-e-s ;
Favoriser et soutenir la mise en place de structures de recherche et de formation dans les études de genre ; Renforcer les liens avec la société civile fondés sur la réflexion relative à la problématique du genre ; Approfondir la réflexion sur la méthodologie dans les études de genre, en prenant comme terrain la politique ; Réfléchir à l’expérience tunisienne en la matière.

Durant la 1ere journée, les débats de la séance de la matinée se sont articulés autour des réflexions méthodologiques et de concept alors que la séance de l’après-midi a mis en lumière les études et les actions d’associations tunisiennes actives dans le champ du politique dans toutes ses formes.

La séance de la 2eme journée a été consacré aux travaux des étudiants qui ont présenté leurs recherches sur les questions liées au genre et aux difficultés rencontrées au niveau de l’application de ce concept.

Résultats : Ce séminaire a donné des résultats à 2 niveaux : Un intérêt particulier a été porté sur les jeunes chercheur-e-s (doctorant-e-s) venant d’Algérie, du Maroc, de France et de Tunisie qui ont pu travailler ensemble au sein d’un atelier de méthodologie de la recherche sur le genre, en présentant leurs propres travaux de recherche, encadré-e-s par des enseignant-e-s-chercheur-e-s ; Renforcement des liens entre les universitaires, les chercheur-e-s et le monde associatif, pour une meilleure connaissance du terrain qui doit permettre d’éclairer les chercheur-es, les enseignant-e-s, les éducateur/trices, les étudiant-es et ceux-celles qui élaborent les politiques publiques pour contribuer à transformer les mécanismes à l’oeuvre dans les rapports femmes-hommes, dans une perspective démocratique.

3ème séminaire itinérant

" L'Economie au regard du Genre" 

du 9 au 11 octobre 2014 à Alger 


Le thème « L’économie au regard du genre » s’est imposé pour Alger car on observe, en Algérie, un décalage important entre les statistiques concernant l’accès des femmes au système éducatif et leur accès à l’emploi. Les dirigeants de ce pays, ainsi que de nombreuses associations de femmes, parlent régulièrement de la mise en place de mécanismes susceptibles d’offrir des revenus aux femmes. Ce constat est encore valide dans de nombreux pays de la région Méditerranée. Il nous a semblé nécessaire de nourrir davantage les réflexions dominantes sur la question. Ceci, d’autant que depuis quelques années, le débat s’est surtout focalisé sur la représentation politique des femmes ou aux postes de direction marginalisant davantage celles dont l’accès à plus de droit dépend d’abord et surtout d’un accès à ses revenus.
D’autre part, lorsque les études sur les femmes et l’économie existent, comme ici au CREAD, les chercheurs réfléchissent quasiment toutes et tous en termes de rapports différenciés de sexe. Cette distinction est intégrée à leurs recherches depuis le début des années 1960. Toutefois, une réflexion en référence aux rapports de genre signifie un investissement théorique plus important qui n’est pas généralisé. Trop souvent, les économistes se satisfont d’un décompte statistique en fonction du sexe (masculin et féminin).
Certes cette approche a permis d’identifier les discriminations affectant les femmes sur le terrain de l’économie mais ne s’intéressent que rarement aux mécanismes qui organisent ces inégalités. Ainsi le plafond de verre, le harcèlement sexuel, les distinctions espace domestique/ espace public sont elles utilisées avec aisance par tous et toutes. Il est plus difficile de trouver des réflexions éclairant les mécanismes de l’économie qui appellent ces discriminations. Car le genre est construit dans l’économie. En Algérie, une réalité comme l’emploi informel, le désengagement de l’État de secteurs comme l’enseignement et la santé ont autant d’effets sur les modalités d’organisation de l’économie et en appellent à des rapports inégaux entre les sexes. Changer les rapports des femmes à l’économie suppose une déconstruction des liens entre genre et économie.
Dans certains pays, les ajustements structurels ont accéléré ces processus. Dans un pays comme l’Algérie, le secteur dit « informel » a acquis une telle importance qu’il constitue à présent une force. L’économie informelle a produit des catégories sociales nouvelles, fondées sur une économie de « bazar », qui constitue la base sociale de courants qui appelle à un contrôle des femmes, contrôle qui est assuré par les hommes de religion en général. Ces derniers ne sont que des acteurs au service d’alliances sociales entre les pouvoirs et les catégories nouvelles ayant acquis du dynamisme dans l’économie informelle.

Durant la formation d’Alger, les différents thèmes évoqués ici ont fait l’objet de tables rondes animées par des chercheurs durant la matinée du 11. L’après midi de la même journée, des représentantes d’associations investies dans les luttes de femmes sur le terrain de l’économie sont intervenues.
Dès la mi-journée du 11 a débuté un atelier doctoral qui s’est poursuivit le 12 et qui a permit à des doctorant(e)s de la région Méditerranée d’exposer leurs projets et de bénéficier d’un encadrement pédagogique assuré par des chercheurs du CREAD.



Le public était composé d’enseignant(e), de chercheur(e)s, de représentantes d’associations de femmes, et d’étudiantes.

Il y a eu un nombre important de bénéficiaires 200 participants : 180 femmes + 20 hommes avec comme répartition par tranche d’âge : 20 personnes entre 20 et 25 ans , 40 personnes entre 25 et 35 ans et 140 personnes de + de 35 ans.



4ème séminaire itinérant


Séminaire de recherche « Genre et récit » 


5 et 6 février 2015 Barcelone


Objectifs

Les études de genre, depuis leurs débuts, ont eu partie liée avec la langue, l’écriture et la parole, pour plusieurs raisons : d’abord, parce que la perspective féministe peut être vue comme un geste de lecture de toute sorte de discours qui rejette l’humanisme censé être universel ; ensuite, parce que la pratique féministe de la littérature et des arts a signifié une contribution majeure à la transformation de l’ordre socio-symbolique patriarcal ; enfin, parce que la prise de la parole de la part des femmes a été l’une des revendications principales des premiers mouvements de « libération » de celles-ci. 

Les études de genre post­structuralistes ou déconstructionnistes ont souligné, de leur côté, le rôle central des discours dans les processus de construction des identités, des subjectivités et même de ce qui était tradition­nellement considéré comme la réalité « objective » ou matérielle, comme si le monde pouvait être lu sans médiation. 

Ainsi la biologiste et philosophe Donna J. Haraway[1], par exemple, souligne-t-elle le caractère politique crucial de la « fiction ». D’autres penseur-e-s insistent sur l’importance grandissante des « micro-récits » puisque les « grands récits » ne remplissent plus le rôle d’assises idéologiques et philosophiques des sociétés. Teresa de Lauretis[2], suivant Michel Foucault, considère même le genre comme le résultat de plusieurs « technologies » et pratiques culturelles. L’accent mis sur les représentations culturelles et symboliques en tant que facteurs clé dans la construction des identités et des rôles de genre justifie la place prééminente, dans les études de genre, de l’analyse des discours et des textes littéraires, historiques, cinématographiques, poli­tiques, etc. 

De Lauretis argumente de même qu’il y a toujours eu une tension entre les femmes réelles en tant qu’« êtres historiques » et leurs représentations. Les mises en récit de soi ont donc été favorisées par les mouvements féministes et étudiées selon une perspective de genre. Du témoignage à la « conscienti­sation », ces mises en récit de soi s’inscrivent dans une économie du discours qui implique des techniques de production variant avec les contextes et les destinataires. 

Cette importance donnée au récit s’accompagne d’une conception de l’identité en construction perma­nente : les identités ne constitueraient ainsi que des modèles d’intelligibilité que les sociétés établissent et essaient de maintenir. Rosi Braidotti suit cette ligne de pensée lorsqu’elle définit le « sujet nomade »[3], à partir des théories de Gilles Deleuze et Félix Guattari. Néanmoins, cette tentative de relativiser les identités ‒ autant individuelles que collectives ‒ a été critiquée par certain-e-s théoricien-ne-s, notamment procédant du champ politique, qui trouvent qu’elle affaiblirait la capacité d’action et l’agenti­vité des sujets et des groupes oppri­més. Si la catégorie « femme » n’existe pas (même mise au pluriel, « les femmes », afin de reconnaître la pluralité des individus regroupées sous ce terme), comment agir politiquement en faveur des indivi­dus qui subissent l’inégalité ? Judith Butler[4] soutient que l’« union » n’est pas nécessaire afin de mener à bien une action politique effective ; elle affirme que le fait d’admettre que les catégories identitaires genrées sont essentiellement incomplètes est une force libératrice capable d’entraîner des effets politiques.

Judith Butler est une des auteur-e-s principales du concept de « performa­tivité »[5] : l’identité n’est pas pour elle une catégorie substantielle ni statique mais une « action » qui doit se répéter incessamment pour s’affirmer. L’identité ne possède donc pas une cohé­rence inter­ne basée sur son immutabilité et son unité, mais s’expliquerait par des modèles d’intelligibilité socialement institués, des régulations qui ne peuvent être établies que moyennant la répétition de certains discours et pratiques ; ceux-ci sont « performatifs » dans le sens qu’ils construisent ce qu’ils ne semblent que représenter. L’itération dont l’identité et les normes genrées ont besoin pour exister fait que certaines « performances » parodiques aient l’effet de subvertir ces modèles, selon Butler. C’est dans le même sens que Le Rire de la Méduse d’Hélène Cixous[6] appelait déjà en 1975 à ce que les femmes « s’écrivent » pour échapper à l’oppression phallogo­centrique. Les pratiques artistiques, dont l’écriture, peuvent ainsi avoir un effet réel sur les normes sociales et identitaires.


Notre séminaire se penchera sur ces questions, du point de vue des études culturelles, historiques, littéraires et cinématographiques. Il se tiendra à la Facultat de Filologia de l’université de Barcelone (adresse : carrer Aribau nº 2).


[1] Donna J. Haraway : Des singes, des cyborgs et des femmes. La réinvention de la nature, trad. Oristelle Bonis, Éditions Jacqueline Chambon, 2009. 

[2] Teresa de Lauretis : Théorie queer et cultures populaires : de Foucault à Cronenberg, préf. Pascale Molinier, trad. Marie-Hélène Bourcier, La Dispute, 2007. 

[3] Rosi Braidotti : La Philosophie… là où on ne l’attend pas, Larousse, 2009. 

[4] Judith Butler : Vie précaire. Les pouvoirs du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001, trad. Jérôme Rosanvallon et Jérôme Vidal, Éditions Amsterdam, 2005. 

[5] Judith Butler : Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité, préf. Éric Fassin, trad. Cynthia Kraus, La Découverte, 2006. 

[6] Hélène Cixous : Le Rire de la Méduse ‒ et autres ironies, préf. Frédéric Regard, Galilée, 2010 (rééd.).



La représentation des corps féministes et/ou résistants : une lecture des corps violents des femmes dans les littératures dystopiques contemporainesAndrea Ruthven (Université de Barcelone)

Notre projet de thèse interroge le lien, qui émerge dans la culture populaire vers la fin du XXe siècle et le début du XXIe, entre la violence et l’empowerment des femmes. Il s’agit d’analyser comment la violence exercée par les femmes devient un instrument pour exciter le désir hétéronormatif, et comment la prise de pouvoir ou empowerment physique remplace, dans les discours dominants, l’égalité politique, si fortes et indépendantes que puissent paraître les héroïnes représentées. Nous analysons ainsi le discours qui lie étroitement cette égalité à une pensée néo-libérale, hétérosexiste, classiste et raciste.
Ce projet part de l’hypothèse que les représentations de l’héroïne sont des images, fortes et non victimisées, de pouvoir, de liberté et de corporalité, mais qu’elles renforcent en même temps une féminité essentialiste et impossible à réaliser.


Repenser l'autorité à partir de Hannah Arendt
Edgar Straehle (Université de Barcelone)


Le sujet de ma présentation (et de ma thèse) c’est la question de l’autorité, concept que j’explore à partir de l’interprétation fournie par Hannah Arendt, mais que j’essaie aussi de lier avec la politique actuelle et l’histoire complexe du concept. Il ne s’agit pas de définir ou redéfinir à nouveau l’autorité, ou de chercher une essence de ce concept, mais d’approfondir, au travers de la philosophie et de l’histoire, ses possibles usages, significations et même potentialités, de réfléchir autour d'une dimension qui a été dernièrement assez sous-estimée o clairement méprisée, et de penser aussi, par exemple, pourquoi il y a des courants actuels, comme dans le féminisme italien (notamment la pensée de Luisa Muraro) qui essaient de récupérer l’autorité. En raison de cela, il s'agit aussi d'examiner le lien entre l’autorité et le pouvoir, la tradition, la reconnaissance, l'histoire...

Du blog au livre : écrivaines égyptiennes 2.0
Èlia Romo Terol (Université de Barcelone)

Avec l’apparition des blogs dans le monde arabe, l’activité des femmes dans le Réseau a connu un grand essor. Dans le cas de l’Égypte, il faut remarquer trois écrivaines qui ont surgi grâce au web 2.0. Rehab Bassam, Ghada Abdel Aal et Ghada Mohamed Mahmoud ont vu leurs blogs publiés en papier en 2008 par la maison d’éditions Dar Al Shorouk, et leurs ouvrages ont eu un grand succès populaire. En parlant des difficultés autour du mariage qu’ont les jeunes égypytiennes, du quotidien des femmes de trente ans au Caire ou de la recherche du bonheur dans les petites choses, ces trois blogueuses ont su parler au grand public et obtenir un écho médiatique.
Dans le domaine de la littérature électronique, il est généralement cru que les femmes ont su mieux gérer leur intimité. Entre autres, Internet leur offre la chance de montrer leur propre personnalité et leurs idées sans exiger leur présence physique. Cette nouvelle façon de construire l’identité a été cruciale pour les femmes, traditionnellement exclues de la sphère publique dans la société égyptienne. Parler des difficultés pour se marier ou de la vie quotidienne d’une jeune femme n’est pas un simple exercice d’expression littéraire, mais implique l’exigence d’être entendue. Rehab Bassam, Ghada Abdel Aal et Ghada Mohamed Mahmoud nous montrent le besoin que ressentent les femmes arabes d’occuper l’espace public et de revendiquer un lieu d’expression. Dans le monde arabe en général et en Égypte en particulier, ce contexte 2.0 du début du XXIe siècle est un des domaines où se produit une négociation autour de l’identité et de la place des femmes dans la société ; il implique en outre une redéfinition de la présence des Égyptiennes dans la sphère publique.


Les femmes philosophes et la tradition, peut-on dépasser cette dichotomie?
Georgina Rabassó

Ma thèse de doctorat en philosophie, sous la direction de Mme Rosa Rius Gatell, s’intitule « Subtilitates naturae. Continuités et ruptures dans la cosmologie d’Hildegarde de Bingen (1098-1179) ». Dans cet atelier doctoral je voudrais présenter et partager une des questions qui ont été sous-jacentes au long du processus d’élaboration de ma thèse. Mes recherches, qui s’inscrivent à l’intersection des domaines de l’histoire de la philosophie et de l’histoire des femmes, posent un défi au statu quo selon lequel il existe une dichotomie entre les femmes philosophes et la tradition philosophique. Peut-on inscrire la pensée des femmes dans la tradition philosophique sans réduire les singularités de leur propre discours? Celui-ci serait mon point de départ. Cependant, au-delà des référents dans la discipline philosophique elle-même, mon intervention veut exposer une question plus large: peut-on dépasser la question sur des dichotomies comme celles de femmes et histoire, femmes et société, femmes et science, etc., dans lesquelles les femmes sont traitées comme un collectif à part et pas comme une partie intégrante et constituante ? Quelles sont les ressources que nous pouvons déployer pour y réussir, dans la recherche, la diffusion des connaissances et la praxis socioculturelle?

Les points-clé de mon exposé seront les suivants :
- Les femmes philosophes dans l’histoire de la philosophie : une tradition cachée (Fina Birulés)
- Femmes « exceptionnelles » et textes « inclassifiables » (Rosa Rius)
- Faire dialoguer les auteures, découvrir des textes et des contextes
- Est-il possible de réinventer une tradition inclusive et non-assimilatrice ?

« Genre, inégalités et nouvelles spatialités : La motilité comme outil de ré/appropriation de l’urbain à Alger»
BOUSSAID Khadidja : cheureure au CREAD, doctorante en sociologie urbaine à l’Université d’Alger 2

Mots clés : Genre, espace urbain, exclusion/inclusion, mobilité(s)/motilité, ré/appropriation

La ville représente une importante ingénierie productrice d’inégalités alimentant les mots et les maux de la stigmatisation. Néanmoins, elle permet également l’invention de mécanismes de réintroduction, de reclassement, ou dirons-nous d’une inclusion, cette dernière peut être une reconquête du lien social par des processus d’urbanité différenciés et gradués.
Dans ce travail, nous avons choisi d’introduire une variable transversale délibérément marginalisante, sans toutefois réduire l’impact d’autres variables d’exclusion ; il s’agit de la variable « Genre ».
Nous partons du postulat que le genre induit une marginalisation aussi bien sociale que spatiale, et désirons savoir comment elle pourrait s’articuler dans l’espace urbain, et le lien que cette notion pourrait avoir avec d’autres types d’exclusion.
Nous pouvons avancer l’idée que le genre et particulièrement dans notre société est un facteur de segmentation spatiale, créant ainsi un déséquilibre social. Lorsque celui-ci est permanent il provoque de nombreuses marginalités, et par la même occasion des stratégies pour tenter de les contourner, ou de créer de nouveaux espaces d’inclusion (physiques et sociaux).
Afin de déconstruire et ensuite peut-être de redéfinir ces stratégies d’inclusion notamment dans l’espace urbain, nous avons choisi d’aborder un jeune concept de la sociologie urbaine, celui de la « motilité ».
Ce dernier est présenté comme l’ensemble des potentiels de mobilité ou des mobilités (un important capital de mouvement et de déplacement réel ou virtuel) ; cette motilité peut devenir un élément de désenclavement pour certaines populations, et peut ainsi agir sur des marginalités liées à l’emploi, au logement, à la culture, redessinant l’accès aux espaces de la ville et créant de nouveaux schémas pour jouir des offres et services présents sur les territoires urbains.

Du genre et les sexualités à l’hétéronormativité dans la littérature marocaine contemporaine
Laïla Benchahda

Le concept genre a contribué à repenser la sexualité ; ce sont sont deux compagnes de route et des champs d’investigations considérables pour les sciences sociales. Le concept d’hétéronormativité dans notre recherche permet une conception nouvelle et innovante de la sexualité. Derrière celle-ci se cachent des rapports de pouvoir qui permettent d’exprimer l’encadrement normatif de la sexualité. L’hétéronormativité est là pour organiser nos expériences sociales et sexuelles. Celles-ci sont marquées par la « présomption d’hétérosexualité naturelle », selon l’expression d’Eric Fassin (L’inversion de la question homosexuelle, Paris, Éditions Amsterdam, 2008, p. 221).
Toute personne qui subvertit la norme hétérosexuelle est taxée de déviance. C’est ce que nous essayons de comprendre à travers le texte littéraire en tant que forme discursive qui pour nous est divisé en un discours qui produit la norme dominante et favorise l’ordre hétérosexuel et donc rejette les autres sexualités, et un contre discours qui essaie de transgresser les représentations sociales hétéronormatives pour donner place à des pratiques sexuelles qui déjouent la censure.

Temporalités sexuées sous le prisme du genre : les rôles du « care » dans le « budget temps » des femmes salariées au Maroc
Mehdi Ataibi

Notre recherche doctorale vise à appréhender, sous le prisme du genre, les barrières sociales qui obstruent l’évolution égale des carrières professionnelles entre les sexes au Maroc ; plus précisément, nous nous concentrons sur l’étude du budget temps des femmes salariées.
Il est notoire qu’en dépit de la féminisation progressive du marché du travail et les progrès en termes de nombre des femmes diplômées, les disparités entre sexes persistent dans le monde du travail.
S’inscrivant dans ce contexte, notre recherche doctorale s’intéresse aux contraintes sociales « interférant » entre la vie professionnelle et la vie familiale. Cette dernière parait être au regard d’une certaine répartition sexuée des rôles (sexués), l’un des freins dans les carrières professionnelles des femmes plus que celles des hommes. La place des normes de genre dans la reproduction sociale d’un ordre (social) sexué semblerait donc être déterminante, ou du moins très influente. Dans ce sens, la division sexuée du travail (et l’organisation sociale d’une manière plus générale) est en rapport étroit avec la répartition des « temps » de travail selon le sexe.
D’où notre intérêt pour l’étude du « cumul » des temps de travail chez les femmes salariées au Maroc, notamment à partir de la notion de « care », mais aussi celles de « triples journées » et de « triple rôles ».

« Marocaine, amazighe, catalane et femme » : Les récits identitaires de la nouvelle Catalogne
Meritxell Joan

La thèse de doctorat que je viens de commencer se propose d’analyser, selon une perspective de genre, l’impact de certains déplacements dans les discours identitaires – nationaux et individuels – des sociétés et individus concernés, en les étudiant à travers des témoignages et des ouvrages littéraires.
Pour ce séminaire je vais me focaliser sur le collectif des jeunes gens d’origine maghrébine qui habitent en Catalogne, notamment les filles de ceux qui ont migré pour la première fois, qui remettent en question le discours identitaire de la nation catalane. Ces femmes présentent des traits physiques et culturels légèrement différents de la majorité de la population catalane, mais ont acquis les ressources linguistiques et socioculturelles nécessaires pour progresser dans cette société, ce qui trouble des stéréotypes qui mettent en rapport une certaine apparence et un réseau d’assignations culturelles avec une nationalité déterminée. La littérature tend à s’éloigner du réductionnisme et des buts totalisateurs ; c’est pourquoi je considère les ouvrages produits par ces femmes comme un outil efficace pour acquérir une connaissance profonde des changements identitaires qui sont en train de transformer la société catalane.

La prise en charge des femmes par les institutions de charité traditionnelles en Tunisie au XIXe siècle – début du XXe siècle
Nassima Kachbouri

L’objectif de notre travail consiste à étudier la pauvreté féminine en Tunisie au XIXe siècle et la prise en charge des femmes pauvres par les institutions de charité dans le cadre de l’Histoire sociale de la ville de Tunis.
Les études élaborées sur l’histoire de la pauvreté et de la paupérisation ont laissé en marge la catégorie féminine ; en effet, l’absence d’une étude spécifique sur cette question nous a incitée à entreprendre une thèse dans ce sens.
Nous espérons que ce travail sera une contribution à l’histoire des groupes inférieurs, précisément les femmes pauvres afin de retracer les zones oubliées.
Nous voulons, par cette recherche, saisir dans leur quotidien la diversité de leurs représentations : veuves, infirmes et âgées, mendiantes et folles. A travers ces catégories vulnérables, exclues, nous nous proposons de nous pencher sur l’intervention sociale de l’Etat pour soutenir ces femmes, pour dégager les mécanismes d’exclusion et d’intégration. C’est à travers « la Tekyea », une institution de charité traditionnelle, que l’Etat et la société citadine ont joué un rôle important dans la prise en charge des catégories susmentionnées.

Du danseur professionnel à la ‘sylphide’, le corps de ballet de l’Opéra façonné par le genre (1770-1860)
Vannina Olivesi

La présente recherche doctorale s’inscrit au croisement de l’histoire culturelle et des études de genre : il s’agit en effet, à travers l’exploration du statut juridique, des pratiques et représentations du corps de ballet de l’Opéra, de comprendre comment l’intégration rapide des femmes au sein de cette entreprise de spectacle a contribué à la légitimation du ballet en sa qualité d’art imitateur. La féminisation massive de la profession au tournant des XVIIIe et XIXe siècles a également des effets directs sur la vie quotidienne des danseurs et des danseuses parce qu’elle modifie l’échelle des salaires – désormais plus favorable à l’élite féminine dès la Restauration – et diminue fortement la valeur de la danse masculine sur le marché de l’emploi théâtral. Mais si l’exercice de la danse théâtrale professionnelle « change de sexe » dans les représentations discursives sous l’effet du vedettariat des ballerines romantiques, la division sexuée du travail au sein de l’entreprise, assignant les danseurs à la composition et les danseuses à l’exécution des œuvres, perdure. L’attention portée aux trajectoires professionnelles des chorégraphes féminines permet cependant de montrer combien, loin de renoncer à leur aspiration à la composition, ces dernières s’appuient sur leur statut de vedette pour contourner les normes de genre en vigueur.



5ème Séminaire itinérant

"Freins et obstacles à l’autonomisation
économique des femmes"

Le 27 mai et 28 mai 2015 à l'École de Gouvernance et d’Economie Université Polytechnique Mohamed VI, Rabat (Maroc)



Présentation 

Dans le contexte des crises actuelles (politique, économique, sociale, géopolitique), où les précarités sont multiples et où les vulnérabilités s’accentuent, nombre d’études montrent que les femmes sont touchées au premier plan et que les inégalités entre les femmes et les hommes se creusent de plus en plus, en matière de droits, d’accès aux ressources économiques, politiques et sociales et de contrôle de ces ressources.

Si la scolarisation des femmes s’est développée ces dernières décennies, dans nombre de pays de la région Méditerranée, toutefois, un écart notoire demeure entre cette entrée croissante des femmes diplômées sur le marché du travail et leur accès à l’emploi.

Donnée essentielle pour la réalisation de l’égalité réelle, l’emploi des femmes est un facteur-clé pour la promotion de leur statut. Néanmoins, force est de constater que le taux de participation des femmes dans les économies nationales reste faible et sous- évalué, notamment dans les pays au sud de la Méditerranée. Ces constats soulignent les rapports inégaux entre les sexes et le renforcement des rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes.

Au Maroc, les associations féministes critiquent fortement le plan gouvernemental, baptisé “Ikram” (connotant : « l’aumône » ou « la charité »), lancé pour la période 2012-2016, par lequel l’actuel gouvernement affiche son ambition d’institutionnaliser l’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes les politiques gouvernementales. Outre la référence à « la charité » et à « l’aumône » qu’elles rejettent, les féministes marocaines mettent l’accent notamment sur l’absence d’une réflexion et d’une démarche à partir du genre qui empêche une réelle prise en compte des discriminations et des inégalités qui touchent les femmes.

Dans le domaine économique, au Maroc comme dans la plupart des pays au sud de la Méditerranée, les femmes sont de plus en plus reléguées dans les secteurs d’activité non structurés et particulièrement concernées par le secteur de l’informel. Sur le marché du travail, on les retrouve majoritairement dans les emplois précaires, sans qualification ou sous-qualifiés. Dans ce contexte, on observe que l’accès des femmes à l’emploi n’assure pas automatiquement leur autonomisation.

Le Réseau Universitaire et Scientifique Euro-méditerranéen sur le Genre et les Femmes (RUSEMEG) a mené une réflexion sur ces questions, lors d’un séminaire itinérant, à Alger (le 11 octobre 2014), consacré à L’économie au regard du genre. Le RUSEMEG se propose de poursuivre cette réflexion en la focalisant sur la problématique de l’autonomisation économique des femmes.

Enjeu majeur au regard de l’égalité entre les sexes, l’autonomisation économique des femmes appelle d’une part à une interrogation du concept, d’autre part, à une déconstruction des freins et des obstacles qui la bloquent et enfin, à l’analyse des conditions politiques, sociales, juridiques et économiques nécessaires à sa réalisation.






School of Governance and Economy
Polytectinc University
Mohammed VI de Rabat

Welcomes the 27th may, 2015
The 5th TRAVELING SEMINAROF 
the Euro-Mediterranean Scientific and Academic Network on Gender and Women
(RUSEMEG)
THE THEME
« BRAKES AND BARRIERS TO WOMEN ECONOMICEMPOWERMENT »

The 28th may 2015: Doctoral workshop
School of Governance and Economy
Polytechnique University
Mohamed VI de rabat

Avenue Mohamed Ben Abdellah Regragui, Rabat -Morocco
+212 537 27 61 00





المدرسة المتعددة التقنيات للإدارة وجامعة
الاقتصاد محمد السادس في الرباط
الترحيب 27 مايو 2015
الندوة الخامسة للشبكة الأورو-متوسطية
العلمية و الجامعية
``RUSEMEG``
على الجنس والمرأة
الموضوع
العقبات والحواجز الاقتصادية التي تحول دون
تمكين المرأة
في 28 مايو 2015 : ورشة عمل الدكتوراه
مدرسة الإدارة وجامعة البوليتكنيك الاقتصادية محمد
السادس في الرباط ، شارع محمد بن عبد لله الركراكي،
الرباط – المغرب،
00212 537 27 61 00





6 ème séminaire itinérant

"Violence contre les femmes
Violence fondée sur le genre"

La Faculté des Lettres, des Arts, des Humanités de la Manouba,
accueil le 6ème Séminaire Doctoral Itinérant du RUSEMEG les 08 et 09 Octobre 2015



Avec le soutien du
CREDIF et du CAWTAR









Le 7ème séminaire

« Fabrique des corps et production des inégalités fondées sur le genre » 

a eu lieu les 12 et 13 janvier 2017 à Tanger



Présentation


Les séminaires itinérants comme les colloques sont organisés par la Fondation des femmes de l’Euro-Méditerranée (F.F.E.M) dont le RUSEMEG est un des six membres fondateurs. Ils sont financés dans le cadre de l’Axe1, « Renforcer les capacités des actrices et des acteurs de l’égalité », du projet « Femmes d’avenir en Méditerranée » du Fonds de Solidarité Prioritaire, et ont été labellisés par l’UpM (Union pour la Méditerranée) en 2011 dans le cadre du projet « Développer l’autonomie des femmes ». Ils ont permis au RUSEMEG non seulement de prendre en compte les freins et les obstacles à l’autonomisation économique des femmes mais aussi d’aborder la question des violences et des mobilités au miroir du genre.

Ce 7ème séminaire itinérant euro-méditerranéen a pour objectif de poursuivre cette réflexion sur les mécanismes de la production des inégalités entre les sexes à travers la réflexion sur la fabrique du corps. Nombre d’études montrent l’impact des normes sociales et culturelles dans le processus de construction du corps. Interroger cet impact dans le contexte euro-méditerranéen, c’est avoir un regard croisé sur cette question de recherche. En effet, si le monde semble unifié, notamment par la globalisation économique, la persistance de la diversité culturelle et politique doit être prise en compte dans la recherche et amène à questionner les différents modèles anthropologiques. Au nord de la Méditerranée, à partir du 16ème siècle (André Vassale), la fabrique du corps a fait l'objet de toutes les investigations médicales et biologistes pour circonscrire le corps de la femme dans les fonctions liées à la reproduction. Mais c’est au 18ème siècle, qui s’est avéré décisif, où est théorisée, avec l’aide des médecins, l’idée d’une nature féminine spécifique, où le corps féminin est démontré arrimé à la physiologie selon une dichotomie homme/culture, femme/nature. En même temps une distinction s'est opérée entre le corps des femmes européennes et celui des femmes noires et colonisées dont les corps furent racialisés et représentés souvent comme anormaux et monstrueux. Et à partir de la Révolution française, le ventre des femmes devient un enjeu social et politique. Un tournant au 19ème siècle apparaît. En effet, les théories anthropologiques et physiologiques sur la dégénérescence et la spécificité des maladies féminines, telle l’hystérie, imprègnent les représentations sociales.

Au 20ème siècle, la psychanalyse, avec une certaine lecture de Freud a semblé sanctionner cette base biologique de l’inégalité avec sa célèbre phrase « l’anatomie est le destin », mais elle a aussi ouvert la voie de la déconstruction du binôme des sexes. Bien plus que Simone de Beauvoir dont Le Deuxième Sexe perpétue certaines idées reçues sur le malheur d’avoir un corps sexué féminin.

Michel Foucault (1976) a contribué à dé-naturaliser le corps, en montrant comment la sexualité est construite par le discours. Si les théories féministes basées sur la différence sexuelle essayaient de « célébrer » le corps de la femme et ses particularités, sans réussir à le sortir du déterminisme biologique, les théories matérialistes avaient tendu à l’éluder pour ne pas contribuer à la perpétuation de ce « féminin ».

Dans les années 1990, sous l’influence des mouvements et des théories LGBT, le corps a été mis au centre des débats féministes, qui se sont interrogés sur les mécanismes de domination des sujets de la part du « biopouvoir » ainsi que des résistances « biopolitiques » envers ce pouvoir. Le corps a été mis en exergue par la sociologie (Bourdieu) et l’anthropologie (Héritier), mais aussi par les arts visuels ou la littérature. Dans cette optique, Judith Butler (1990) a, d’un côté, insisté sur le fait que le corps est un signe culturel, appréhendé socialement, et de l’autre sur l’inégalité fondamentale entre les « corps qui comptent » (1993) et ceux qui ne comptent pas, ne s’ajustant pas à la « norme », ce qui les rend vulnérables et les soumet à la précarité.

Au sud de la Méditerranée, au Maghreb en particulier, des chercheurs tels que F. Mernissi, A. Bouhdiba, ou M. Chebel ont contribué par leurs analyses à la compréhension de la construction du corps par le discours religieux en montrant, notamment, comment sont déterminées les catégories du masculin et du féminin.

Les études sur les pratiques et les réalités vécues du corps dans les sociétés concernées tentent de saisir ce qu’il en est du corps, de son rôle dans la construction identitaire et dans les rapports sociaux de sexe (G. Elkhayat, S. Naaman Guessous, A. Dialmy, M. Lachheb), mais c’est surtout la littérature et les études sur cette littérature qui abordent ces problématiques. La question du corps est au coeur des débats qui accompagnent les mutations en cours dans les sociétés du sud de la Méditerranée.

Elle intervient par ailleurs comme enjeu majeur du point de vue de la démocratie. En effet, les débats récents sur le viol, le harcèlement, les usages vestimentaires, l’accès des femmes à l’espace public, leur mobilité, la mixité ou encore l’avortement ou l’homosexualité, montrent que les lignes sont en train de bouger dans ces sociétés où s’opère un changement dans la vision du rapport aux corps et aux sexualités. Ils rappellent que les questions de l’égalité et de la démocratie passent aussi par la réflexion sur le orps.

Ainsi le corps traçant l’intimité, contourne l’individualité, tisse aussi des rapports avec les corps des autres individus et joue sur l’intériorité et l’extériorité, sur le naturel et le social, sur l'individuel et le culturel. Et c’est dans ces rapports complexes que nous notons la prise en charge du corps qui n’a jamais été aussi sollicité, encouragé, célébré. Et la fabrique des corps avec toutes les techniques modernes de nos jours est une réalité qui évolue avec la société de consommation « décomplexée ».

Si le corps intéresse les milieux économiques, il ne cesse de mobiliser aussi la scène politique avec son appareil exécutif (à savoir le parlement, l’état, les partis politiques…) en Europe comme ailleurs (débats sur le port du voile, de la burqua et du burkini, l'excision, la reproduction assistée le test de virginité, l’homophobie…). Ces débats soulignent l’articulation du corps et de la problématique des migrations et des mobilités, comme de l’altérisation des femmes et de certains individus ou groupes s’éloignant du modèle normatif prétendument universel.

Le corps vu et vécu comme une entité privée, reçoit ou plutôt subit en fait toutes les relations historico-culturelles d'une société, d'une époque et entretient des rapports de domination/soumission avec le pouvoir en place. Ainsi, ce corps se donne à être déchiffré comme un texte sur lequel sont gravés les rapports des pouvoirs d’une époque, d’une culture données. D’où la lecture pertinente des historiennes qui parlent de « nationalisation du corps des femmes » et soulignent « les stratégies des états totalitaires, dictatoriaux ou libéraux qui ont fait basculer la maternité dans le domaine public ». Articulant le concept de « genre » et celui du « corps », la recherche souligne la place centrale du corps dans les rapports sociaux de sexe et dans les inégalités entre les femmes et les hommes.

Cependant, la fabrique des corps a connu et connaît toujours des remises en cause à travers le temps en s’insurgeant contre les régulations normatives par la critique et par l’irrespect comportemental. Les femmes ont notamment contesté par le corps le pouvoir exercé sur elles par le port du pantalon, de la jupe, de la djellaba (vêtement masculin à l’origine) par la sculpture corporelle et par l’exposition de leur nudité (de la part des Femen comme de certaines traditions féminines en Afrique) mais aussi par le port du voile dans certains contextes. Le corps est pour les femmes et, dans une moindre mesure pour les hommes, le lieu des transgressions mais également de la soumission aux normes. Nous sommes au coeur de ce que Nathalie Heinich(2003) nomme « les ambivalences de l'émancipation féminine ».

Des interrogations s’imposent pour comprendre et saisir le soubassement et les conséquences de cette « fabrique du corps » :

Quelles sont les différentes formes que prend la « fabrique du corps » au long de l’histoire et dans des cultures et des espaces divers ?

- Comment la fabrique du corps produit-elle des inégalités ?

- Quelles sont les formes que prend la régularisation, doublée d’un contrôle, des corps dans la société ?

- De quelles façons le corps est-il utilisé en vue de la vulnérabilisation et l’altérisation de certains individus/groupes ?

- Quelles formes de domination et de résistance ont été développées de la part des femmes et des individus/groupes minorisés, à partir de leur corps ?

- Quels liens tisse-t-il avec le(s) pouvoir(s) en place ? Quel rapport entretient-il avec la démocratie et la citoyenneté ?

- Quels sont les langages et les savoirs dont le corps est porteur ?

- Quels rapports entre corps et mobilités/migrations dans le monde globalisé ?

- Corps et sexualités : une révolution inachevée ? 

Programme



RECUEIL BIBLIOGRAPHIQUE

L’importance des ateliers doctoraux organisés par le RUSEMEG dans le cadre des différents séminaires